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STORY #14

Every monday a new story / Tous les lundis une nouvelle histoire

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[FR] LE REGARD AFGHAN      

Dans une quête des derniers nomades et des groupes ethniques de Perse et d’Asie Centrale, je suis parti pendant 16 mois avec mon van de la France à l’Afghanistan. Alors que je viens d’entrer en terre afghane, je croise un regard qui en dit long : celui d’une jeune fille d’une tribu Wakhi, au pied des montagnes du Pamir. 

 

L’AUTORISATION

Dernière étape de ce long voyage : l’Afghanistan. Après des décennies de guerre, on ne rentre pas si facilement dans le pays. Les autorités surveillent avec grande attention toutes les entrées depuis que le djihadisme a repris de l’importance dans la région. À Khorog, au Tadjikistan, mon rendez-vous avec le consul s’est bien passé, mais il m’a signalé la présence des talibans, groupes extrémistes qui ont occupé la capitale Kaboul de 1996 à 2001. Ils ont dernièrement repris le contrôle des villages à l’ouest de la frontière et il m’est donc interdit d’y aller. Pas grave puisque je compte me diriger vers l’est et entrer dans le corridor du Wakhan ; une des régions les plus isolées du monde où une poignée d’hommes vit malgré les conditions de vie extrêmes. 

UN AUTRE MONDE

De l’autre côté de la frontière à Sultan Iskashim, mon « fixeur » s’occupe de tout. Son aide précieuse me permet d’accélérer les préparatifs. En effet, j’ai laissé mon van au Tadjikistan, car là où je vais, il n’y a pas de route. J’ai écouté les conseils que l’on m’a donnés et j’ai loué les services d’un chauffeur de 4 x 4 qui va nous déposer au pied du Pamir. Il nous faut acheter de quoi manger pour les douze prochains jours, car il n’y aura plus aucun commerce après cette étape. Tout le monde me regarde dans la rue et je ne sais pas qui est le plus surpris. Je réalise que je suis entré dans un autre monde, dans une autre époque. Les hommes portent la kurta, une longue tunique traditionnelle avec un pakol sur la tête et la plupart des femmes sont recouvertes d’une burqa bleue. Les maisons sont en pisé et on se déplace encore à dos d’âne dans la rue... Ici, tout s’est arrêté avant la guerre et contraste fortement avec les traditions des pays frontaliers. Un seul sourire de ma part suscite un accueil chaleureux ou la main tendue, on m’invite à m’asseoir pour partager un thé ou un délicieux plat d’agneau. 

LA PHOTO 

On atteint Sarhad après huit heures sur une piste périlleuse. En chemin, je n’ai cessé de me dire que j’ai eu raison de laisser mon van à la frontière et j’ai compris le prix exorbitant de la course. J’endure 200 kilomètres, secoué à l’arrière d’un véhicule tout terrain, pour atteindre ce village d’une tribu Wakhi qui est le dernier avant le passage des grands cols. Des enfants tout excités viennent nous accueillir. Les habits usés, mais le sourire aux lèvres, on comprend vite qu’ils n’ont pas autre chose à offrir. J’ai du temps devant moi et vu qu’ils ne demandent que ça, je pars jouer avec eux devant la maison où j’ai laissé mes deux sacs. L’appareil en bandoulière, je profite de la lumière intense pour prendre des photos. Parmi eux une petite fille, plus belle que les autres. Elle doit avoir 12 ans ; son regard m’attire pendant qu’elle remet son voile qui ne cesse de tomber à cause du vent. L’air est glacé et ses yeux brillent. Je n’ouvre pas au maximum, mais reste à f/2,8 pour être sûr de capter l’essentiel de son visage. Son expression au 1/400s se fige dans le froid et les détails de la photo mettent en avant sa peau gercée. Au-delà du regard sévère qui a perdu très tôt son innocence, c’est toute la dureté de son environnement qui se reflète dans ce cliché. Son visage exprime avec une cruelle vérité ses conditions extrêmes de vie. C’est aussi beau que troublant.


Texte et photo publiés dans le magazine le Monde De La Photo #94 en Mars 2017

Extrait du livre Ashayer - nomades en persan - disponible en librairie et sur amudarya.com

Actualité sur @KaresLeRoy (Instagram & Facebook)



[EN] AFGHAN EYES        

In a quest for the last nomads and ethnic groups from Persia and Central Asia, I left for 16 months with my van from France to Afghanistan. Just entered in Afghanistan, I meet a look that speaks volumes: that of a young girl from a Wakhi tribe, at the foot of the Pamir mountains.

 

THE AUTHORIZATION

The final stage of this long journey is Afghanistan. After decades of war, it's not so easy to get back into the country. The authorities have been closely monitoring all entries since jihadism resumed in the region. To Khorog, In Tajikistan, my meeting with the consul went well, but he pointed out to me the presence of the Taliban, extremist groups that occupied the capital Kabul from 1996 to 2001. They have recently regained control of the villages west of the border, so I am not allowed to go there. It doesn't matter since I plan to head east and enter the Wakhan corridor; one of the most remote areas in the world where a handful of people live despite extreme living conditions. 

ANOTHER WORLD

On the other side of the border in Sultan Iskashim, my "fixer" takes care of everything. His invaluable help helps me speed up the preparations. Indeed, I left my van in Tajikistan, because where I go, there is no road. I listened to the advice I was given and rented the services of a 4 x 4 driver who will drop us off at the foot of the Pamir. We have to buy food for the next twelve days, because there will be no more trade after this stage. Everyone looks at me in the street and I don't know who's the most surprised. I realize that I entered another world, another era. The men wear the kurta, a long traditional tunic with a pakol on the head and most women are covered with a blue burqa. The houses are made of adobe and one still moves on donkey back in the street... Here, everything stopped before the war and contrasts sharply with the traditions of the neighbouring countries. A single smile from me evokes a warm welcome or an extended hand, I am invited to sit down and share a tea or a delicious dish of lamb. 

THE PICTURE

We reach Sarhad after eight hours on a dangerous track. On the way, I kept telling myself that I was right to leave my van at the border and I understood the exorbitant price of the race. I endure 200 kilometers, shaken in the back of an all-terrain vehicle, to reach this village of a Wakhi tribe which is the last one before the passage of the large passes. Excited children come to welcome us. Worn clothes, but with a smile on their lips, it is easy to understand that they have nothing else to offer. I have time in front of me and since that's all they ask for, I'm going to play with them outside the house where I left my two bags. The camera on the shoulder strap, I take advantage of the intense light to take pictures. Among them is a little girl, more beautiful than the others. She must be 12 years old; her eyes attract me as she puts on her veil, which keeps falling because of the wind. The air is icy and her eyes shine. I don't open as much as I can, but I'll stay at f/2.8 to make sure I get the most of his face. His 1/400s expression freezes in the cold and the details of the photo highlight his chapped skin. Beyond the severe look that lost its innocence very early on, it is all the harshness of its environment that is reflected in this cliché. His face expresses with cruel truth his extreme conditions of life. It's as beautiful as it is disturbing.


Text and photo published in the magazine Le Monde De La Photo #94 in March 2017

Extract from the book Ashayer - nomads in Persian - available in bookshop and on amudarya.com

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